Chronique MOH
Les Chroniques

MOH rappeur de Marseille, un premier album remarquable ..

Ma première chronique musicale est consacrée à MOH le rappeur que j’ai le plus saigné en 2012, contrairement à son dernier album qui m’a énormément déçu. Après avoir présenté ce rappeur à la voix agressive, je pourrais aborder l’énorme surprise (Mon Manuscrit) du premier et ma déception pour le deuxième (King King Volume 1).

Quartier Nord sans sortir la kalash en plastique

MOH est un jeune rappeur de 24 ans, c’est la première chose qui contraste avec son rap dur laissant supposer un rappeur plus âgé. Lorsqu’on écoute les débuts de MOH c’est une impression de sincérité qui ressort, une traduction fidèle de la réalité des quartiers de la cité phocéenne « Derrière le soleil et la mer y’a les cafards et les rats, les putes les pédérastes ». MOH racontait l’envers de sa ville un an avant qu’elle soit ultra-médiatisée pour sa violence, violence dont les rappeurs se sont bêtement emparés comme un thème d’égo-trip (« Sors les Kalash comme à Marseille »).

 

L’authenticité de ce rappeur se retrouve dans ses textes où l’on découvre un passionné de rap, avec des références autres que Scarface et Tony Montana. C’est tout naturellement qu’il a signé sur un label indépendant (même si soyons honnête son rap ne se prête pas à une signature dans une maison de disque) : Soli Music. Parallèlement à sa carrière solo commencée avec la sortie de Mon Manuscrit, MOH aka La Hache (pour son flow agressif et saccadé) fait partie d’un groupe nommé : S-Krim.

Pour l’anecdote MOH est Camorien, une population surreprésentée dans le rap français (Rohff, Soprano,..) surtout vu la taille de l’île.

Mon Manuscrit, un premier album exceptionnellement réussi ..

J’ai découvert MOH grâce à la Booska-Tape, tous les rappeurs ayant livré une prestation médiocre son morceau n’était pas passé inaperçu. Même si je trouvais les lyrics et l’instrumentale très banale, c’est sa voix et son flow qui m’ont donné envie d’aller voir plus loin en écoutant son abum. Bien m’en a pris avec cet album varié, mais cohérent, street mais travaillé, violent, mais réfléchis. Beaucoup d’adjectifs très positifs que je n’ai pas tendance à employer, mais son rap à contre-courant de tout ce qui se faisait à l’époque m’a marqué. Un rap violent sans tomber dans l’égo-trip, ni déversé dans l’apologie de la violence.

Au niveau des textes, les thèmes sont variés parlant de la violence, du rap, de ses objectifs de vie, de la misère quotidienne et les relations amoureuses dans cette société abrutie par la télé-réalité. Certaines chansons sortent du lot comme : Rassemblement, L’Art des Mots ou Mon Manuscrit, qui sont toutes dans une atmosphère posée et portée par des instrumentales réussies. On retrouve quelques chansons plus grand public avec Arc en Ciel et Mars & Venus tous deux adressées à un public plus féminin sans tomber dans le piège de l’auto-tune. Par contre les morceaux volontairement plus gangsta/violent sont moins réussis, l’agressivité prend trop le pas sur la musicalité.

 

C’est sur la musicalité que MOH se distingue, les rappeurs street on souvent sacrifié la musicalité comme Alpha 5.20 et LIM, alors que chez MOH le flow est non seulement bon, mais ses choix de collaboration sont judicieux. En rappeur chauvin, La Hache s’est efforcé de faire appel à des featurings et beatmakers de Marseilles, avec beaucoup de réussite la plupart du temps (bémol pour Air Max Troué qui ne m’a pas du tout convaincu).

Après cet essai réussi, j’étais pressé d’entendre le second projet même si j’ai perdu de vue MOH qui n’avait plus d’actualité (à part une histoire de train renversé dans un clip où il faisait une apparition). Ce manque de visibilité est d’autant plus regrettable à une époque où le rap marseillais était sous les projecteurs.

King-Kong volume 1 : une régression peu convaincante

N’ayant pas suivi l’actu de MOH j’ai écouté l’album comme le premier, c’est à dire d’un coup sans suivre des extraits ou regarder le buzz. Je n’étais donc sous aucune influence (que ce soit de mauvais choix de single, de vues YouTube, d’avis d’auditeurs) lorsque j’ai découvert l’album. Ma seule influence était mon coup de cœur pour l’album précédent.

La désillusion fut rapide vu que je n’ai jamais réussi à rentrer totalement dans ce nouvel opus (à l’instar du dernier de Deen Burbigo qui m’a fait le même effet vis-à-vis du premier). J’ai replongé dedans à l’occasion de cette chronique pour comprendre un peu mieux ce qui m’a gêné. Le principal argument que j’ai trouvé contre l’album c’est la baisse de qualité strictement musicale. MOH a accéléré son flow (de manière non linéaire avec des accélérations et ralentissements qui donne une impression de rap non structuré) et changé sa façon de rapper. En comparant par exemple le morceau « Money » et « Mon Manuscrit » (plus haut), cette différence est flagrante et le résultat de ce changement est un rap trop agressif à l’oreille contrairement au premier.

La forme est en deçà du premier album, les textes sont eux aussi moins réussis, on retrouve moins l’aspect réfléchi du premier. Même si certaines chansons le font encore, mais de manière trop basique. Les lyrics et son univers restent quand même fidèles, mais le changement musical, avec son mauvais choix de flows et de certaines instrus, les dessert.

Je vous conseille fortement d’écouter mon Manuscrit de MOH, mais aussi le deuxième, car même si je n’ai pas accroché l’album n’est pas exécrable pour autant. Dans tous les cas j’espère que MOH corrigera le tir sur le 3e opus. « Après ce n’est que mon avis, si tu n’aimes pas tu lis pas ! »

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2 Comments

  • Reply Fils2prude 21 août 2014 at 15 h 06 min

    Chronique totalement représentative de mon ressenti vis à vis de cet artiste méconnu.
    J’ai comme toi découvert MOH dans les freestyles de la Booska-Tape et j’ai accroché à cette force qu’il dégage, le côté percutant des meilleurs rappeurs hardcores sans le côté vide de sens ghetto à outrance. Ce qui explique que Air Max Troué fasse plus fan-service que réelle intention.

    Je rajouterai dans mon manuscrit un clip de cet album qui résume le MOH de cette époque :

    Ligne de mire : http://youtu.be/-056dFKKEbg

    (A vérifier mais il me semble avoir entendu à l’époque qu’il y’a eu un soucis de distribution avec son album, du coup il avait du repousser après avoir tout construit autour d’une date.)

    J’espère comme toi que la suite sera un retour aux sources, pas une pâle copie d’un mix Kaaris/Alonzo/Tendance du pauvre.

    « C’est bien pour ça que quand je rap je bave, ici on me respecte parce que je suis un brave »

  • Reply DopéAuRap 26 novembre 2014 at 0 h 44 min

    Ras tu as lu dans mes pensées vivement le retour du M.O.H de Mon Manuscrit car c’est le coup de cœur assuré

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