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Les Chroniques

Chronique PNL – Le Monde Chico .. la fin d’une époque ?

Pour la première fois, je vais utiliser ce blog au sens propre du support : un mélange entre vie privée, avis personnel et tentative d’objectivité. Mon dernier article sur Culturerap date de 4 mois et demi, et il parlait aussi de PNL (Lire : Pourquoi j’aurais jamais dû écouter PNL), à l’époque je faisais ma rencontre avec le groupe et c’était avec enthousiasme que je partageais ma passion soudaine pour cet OVNI. Écrit juste après la claque du single « Le Monde Ou Rien », je me sentais investi d’une mission : que personne ne passe à côté de ce groupe. Depuis cette époque, pourtant pas si lointaine, le duo du 91 a fait couler beaucoup d’encre. Étrangement leur ascension coïncide avec une période importante de ma vie, qui a pris fin le jour même où j’ai pu écouter leur album. Un puissant hasard qui me pousse à vous parler de cet album seulement 24h après ma première écoute.

Un album attendu, très attendu, trop attendu ?

Encore peu habitué à parler de mes goûts musicaux, j’entame cet article par une analyse. Lors de la parution de mon article sur le groupe PNL, la blogosphère commençait tout juste à susurrer le nom du groupe, un sujet de conversation encore réservé aux initiés. Pourtant les vues sont bien présentes, on frôle le demi-million sur chaque vidéo, mais le public est encore difficilement identifié (c’est toujours le cas). Mais la sortie du « Monde Ou Rien », que l’on pourrait presque considérer comme le premier extrait de leur album « Le Monde Chico » (Plus Tony Que Sosa ayant eu un succès moindre), les a propulsés dans une autre planète. La réussite visuelle du clip tourné dans un lieu emblématique (la cité servant de décor à la série Gomorra) et l’efficacité du refrain ont suffi à exploser le compteur. Partagé sur tous les sites musicaux (même les généralistes), le prochain single « J’Suis PNL » nous prouvera que les millions de vues sont désormais monnaie courante pour celui qui nous disait « ne pas connaitre les millions de vues, connard ». Tout le monde s’engouffre dans la brèche, Générations pour obtenir les exclusivités, l’ABCDRduson pour leur consacrer une émission spéciale, les maisons de disque pour négocier un contrat. C’est acté, PNL vient d’obtenir la si convoitée (mais si redoutée) place de : Nouveau phénomène du rap français.

Lorsque l’on devient le groupe à la mode, on risque de très vite devenir « l’ex-groupe à la mode ». Et le groupe à la mode, PNL l’est : je ne me souviens pas d’un buzz aussi puissant et rapide depuis l’ascension de Kaaris (certes on n’est pas au niveau de popularité d’un Gradur, mais l’impact est bien plus profond). Ce qui est d’autant plus intrigant avec PNL c’est que le buzz ne vient pas du bas de la pyramide, mais du haut. Le lobbying journalistique, leur influence sur le rap français avec la multiplication des clones, l’intérêt de tous les professionnels du rap game. PNL n’ont pas connu le mépris, mais l’approbation des élites, eux qui pourtant n’ont jamais cherché à leur plaire. Est-ce leur mépris des médias qui poussent ces derniers à tenter de s’approprier le groupe ? Difficile à savoir, quoi qu’il en soit la pression sur les épaules du groupe est énorme. Le 30 octobre est sur toutes les bouches, deux questions résument l’état du rap français : Le Monde Chico sera-t-il bon et combien va-t-il vendre ?

Cynisme sur instrus stratosphériques

Ce qui choque à la première écoute de l’album « Le Monde Chico » c’est le cynisme des textes. Très loin de tout ce que l’on a pu entendre dans le rap français ces dernières années, le décor est sombre, presque noir. Un bon album de PNL se consomme par temps de grisaille avec une once de spleen. Ce ne sont pas moins de 17 pistes qui nous emmènent dans un voyage initiatique où l’auto-tune et la simplicité des paroles n’ont qu’un seul but : servir un constat amer et une vision peu enthousiaste d’un monde où la bicrave est le seul moyen de survivre. On est très loin de l’apologie habituelle du crime, ici tout est souffrance et les quelques euros glanés par le haram permettent, au mieux, de tenter d’anesthésier la douleur. Le groupe est par ailleurs lucide sur la précarité de son statut : « Public je m’en fous je sais qu’il me lachera », ce qui ne les a pas empêchés de mener à bien leur mission.

PNL a choisi d’introduire l’album par le morceau « Le Monde Ou Rien » un commencement logique lorsque l’on connait l’importance de ce morceau. La première partie du disque est un enchainement parfait avec la présence du dernier extrait « Sur Paname » et du très attendu « Abonnés » pour finir par l’un des meilleurs sons de l’album : « La Porte de Mesrine ». Je ne m’attarderai pas sur chaque track, mais cette dernière mérite une attention toute particulière. L’instru unique, que l’on ne retrouverait sur aucun autre projet de rap français, vous transporte, rythmée par un refrain dont seul PNL a la recette. On trouvera d’autres perles dans l’album avec notamment « Rebenga » en featuring avec Rkm, mais aussi « Dans la Soucoupe », tous ces morceaux ont pour point commun une instrumentale exceptionnelle. La force de PNL serait d’être capable de s’adapter à n’importe quelle production ? Quoiqu’il en soi la fin de l’écoute de l’album ne peut être suivie que d’incompréhension et la volonté de le réécouter, encore et encore.

Peut-on conclure que « Le Monde Chico » est une réussite ? Cette chronique de PNL tend timidement à l’affirmer. Le projet est cohérent, PNL a réussi à livrer un album à la hauteur de mes attentes : ils ont fait du bon PNL sans travestir un instant leur univers. À la question cruciale du succès commercial, seul le temps pourra nous répondre. Je reste confiant, mais il est  probable que le surcotage dont ils font l’objet risque d’influencer négativement la réaction du public.  Mais il y a fort à parier que le groupe a réussi son pari de mettre fin à une époque. Il y’aura un avant et un après PLN.

PS : Je publie pas souvent, vous feriez mieux de me suivre sur Twitter et FB pour ne rien rater.

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5 Comments

  • Reply le monde chico 30 octobre 2015 at 23 h 28 min

    Bien la chronique, j’espère que t’auras donné envie d’écouter à tes lecteurs, cet album est une tuerie.
    Ptite boulette t’a mis pln à la fin.

  • Reply Paris-La-Famille 3 novembre 2015 at 17 h 13 min

    J’ai découvert aujourd’hui ton blog grâce à un lien d’un article de Rue89 et je ne suis pas déçu. Les posts sont vraiment bien rédigés et forment un ensemble cohérent et argumenté, ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres blogs/sites traitant de musique et d’hip hop. Les podcasts sont également très intéressants car bien documentés.
    Concernant la chronique en elle même, j’ai commencé l’écoute de l’album et j’adhère même si je reste dubitatif sur l’originalité du groupe. Depuis quelques mois (et encore plus depuis 2 semaines où ils ont investi les média de masse) on le rabâche sans cesse mais comme d’autres avant eux, ils s’inspirent de tendances venues des USA (à savoir, le cloud rap/trap, ou comment poser sur des instrus mélodieuses chill avec une batterie et des basses 808 plus hip hop). J’attends de l’écouter en entier mais ils ont l’air d’avoir fait le taf.

    • Reply Flo 3 novembre 2015 at 17 h 37 min

      Salut mon ami,

      Merci de ton commentaire pertinent, hésite pas à repasser donner ton avis sur l’album ou sur les autres articles !

      A bientôt

  • Reply La_Racaille 6 novembre 2015 at 17 h 32 min

    Vraiment cool ce blog, effectivement, le rap n’est certainement pas une sous-culture et tu le montres très bien. Pour être honnête, je suis old School sur le Hip-Hop – Pour moi, depuis l’adolescence, surtout pour le son, c’est aux US que ca se passe loin devant tout le monde – a part quelques petites saveurs quand même chez Ninja Tune dans les années 90-2000 – En tout cas loin devant la scène française. Cela dit, j’ai vu passer deux O.V.N.I en France d’un niveau hors-norme, digne des plus grands noms du hip-hop US. Des créateurs, qui t’enivrent parce qu’ils n’ont cherché á ressembler à personne développant leur propre univers tout droit sorti de leurs tripes et imprimé de leur ADN. Il te font entrer dans leur vie, par leur son, leurs paroles, leurs images. Des artistes, des messagers et parfois même des poètes. Seul le temps dira si cette poésie était bien réelle ou juste une illusion.
    Les premiers sont NTM. C’est simple en France, on ne connaissait pas ce rap violent et mélodieux a la fois – probablement influencé par Public Ennemy, NAS, 2Pac ou encore WTC, rythmé par du son lourd et des paroles qui donnent á réfléchir. Cerise sur le gâteau, la voix de Joey Starr qui a dû même faire trembler Busta tellement puissante et juste à la fois.
    Les deuxiemes qui pourraient presque faire de l’ombre aux premiers, c’est eux, ces PLN avec un nom encore plus pourri que celui des premiers.
    J’ai encore du mal á me remettre de ma première écoute du “Monde Chico”. C’est tellement bon, tellement pur, qu’on pourrait croire un instant à une production Sony pour le nouveau Daft Punk. Même la couverture de l’album y fait référence.
    Le son planant est énorme et leurs voix de racailles des Tarterets doivent rendrent jaloux Kendrick Lamar à tel point qu’il doit se demander s’il vient vraiment de Compton. Et voila, en plus les textes font mouches, les gars chamboules nos consciences par leur mots sulfureux mais justes, bref…
    C’est certain il y aura un avant “Monde Chico” et un après. C’est aussi certain que c’est ce que les Tarterets ont sortis de plus beau.

  • Reply Marie 20 avril 2017 at 11 h 59 min

    Je ne suis pas particulièrement fan de PNL mais, vu le succès du groupe, je me demande si ce n’est pas moi qui ai des goûts différents en matière de musique.

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