10 commandements rappeur francais
Les Chroniques

Les 10 commandements du rap français !

Qui a dit que le rappeur français était un être libre qui n’obéissait qu’à ses pulsions pour orienter ses actes ? Le rap français, peut-être plus que d’autres genres musicaux, est extrêmement codifié (même si Keny Arkana se vantait d’être Libres et Rebelles). Pour aider tous les rappeurs à se situer, ou permettre aux apprentis rappeurs de réviser, j’ai condensé ces principaux codes en « 10 commandements du rap français ». Une formule galvaudée, certes, mais qui me permet d’illustrer l’article avec Moïse faisant le Charo.

I. « Le savoir est une arme » tu punchlineras

Comme pour l’apprentissage de l’écriture, qui passe par celle de son prénom, la maîtrise de la punchline ne peut se faire sans avoir tenté de décliner « Le savoir est une arme… ». On a tout vu passer, de la version professorale de Kery James « Si le savoir est une arme, soyons armés, car sans lui nous sommes désarmés » à la violence d’un Rohff « Si le savoir est une arme tu vas t’faire rafaler » ou à la simplicité d’un Gradur « Le savoir est une armée ». C’est simple, les rappeurs français y sont tous passés, RapGenius nous a fait une petite compilation appelée « Le savoir est une arme… on commence à le savoir ! ». Le label Din Records en a même fait sa marque : LSA. Dans une moindre mesure, « personne m’arrive à la cheville sauf … » a aussi eu un certain succès !

II. À ta mère, hommage tu rendras

Que serait un rappeur français qui ne rend pas hommage à sa mère ? (Un orphelin ? Au contraire c’est plus poignant). C’est une étape obligée pour tout rappeur qui veut passer sur NRJ, ça offre de la matière aux talk-shows généralistes (La Sexion d’Assaut avait fait très très fort dans « Avant qu’elle parte » en rajoutant, sans scrupules, un peu de violon !). Mais ces discours ne sont pas réservés au rap à midinette, au contraire, parler de sa mère est la seule excuse pour un rappeur hardcore de ne pas faire écho à de la violence. C’est une carte qu’il pourra jouer dans chaque morceau à travers des punchlines isolées, Kaaris « Ma mère est fière de moi, j’me tape comme Attila » avant d’y consacrer un morceau entier. C’est encore plus présent dans la relève, peut-être dû à son jeune âge, avec par exemple Hooss « Maman Dort », ou Djadja & Dinaz « Maman ne dort pas » (au niveau des intitulés on tourne vite en rond).

III. Nos mères tu niqueras

Autant le rappeur français est très gentil avec sa mère, autant avec les nôtres c’est tout autre chose. Booba le résume élégamment « Dans ce rap game, niquer des mères, ça me rémunère » à croire que chaque niquage de maman ramène un peu plus de SACEM. À ce jeu, difficile de trouver un gagnant, on a d’une part le groupe NTM qui avec son nom a bien marketé la formule, cela n’empêche pas des rappeurs d’innover en te refaisant tout l’arbre généalogique comme La Fouine. Depuis le début de sa carrière le rappeur du 78 est un très grand amateur du genre, son clash « La fête des mères » n’est que l’aboutissement de plein d’accouplements « Ta mère est trop jeune donc on a niqué ta grand mère » (comme si ça le gênait). Kaaris innove en reprenant la formule et en rajoutant un peu de jus de Sevran : « Nique ta mère, par derrière ».

IV. Scarface tu citeras

Le rappeur français est cinéphile, il est capable de te citer toutes les scènes de Scarface (les plus pointus d’entre eux parleront aussi de Heat). Il y a un an, je consacrais un article pour expliquer comment Heisenberg était en train de ringardiser Scarface dans le rap français, une année plus tard j’observe que la mise à jour ne s’est pas faite chez tout le monde (une histoire de forfait #ProustVoice). Même Booba, qui a l’excuse d’habiter sur les lieux du crime, a signé le très bon « Tony Sosa », le talentueux duo PNL a lui dévoilé « Plus Tony que Sosa » et les moins talentueux 40K gang ont sorti « Sosa« . PNL, en faisant de Scarface une fondation de leur album, a sûrement relancé la machine pour encore quelques années.

V. De religion, tu parleras

On arrive au point sensible de cet article, laissez-moi désamorcer un peu avec un #JeSuisCharlie. La religion est très présente dans le rap, en très grande majorité la religion musulmane. La question de la musique dans l’Islam est source de nombreux débats qui n’épargnent pas nos rappeurs français. Comme une contradiction exposée au grand jour, l’Islam est à l’origine de nombreux arrêts de carrière (avec ou sans reprise) : Alpha 5.20, Salif, Kery James, Lefa… La plus flagrante étant celle de Diam’s qui a arrêté suite à sa conversion, qui a malheureusement eu un effet très négatif sur l’opinion public (ce qui fera l’objet d’un autre article). Mais il est possible de faire du rap tout en parlant de religion, que ce soit en montrant sa quête de spiritualité comme Ali, en défendant ses valeurs comme Medine ou entre deux insultes comme La Fouine « Le Coran rien n’est fini, on va leur tirer dessus ». Le débat de la religion dans le rap offre aussi beaucoup d’audience à des Matthias Cardet ou Mysa.

VI. La taille de ton sexe tu vanteras

Une thématique beaucoup plus légère, qui explique peut-être le peu de présence féminine dans le rap français, la taille du pénis est primordiale pour la réussite d’une carrière. À l’origine, les références étaient assez subtiles « Sénégalais, j’ai plus d’une corde à mon arc, tu piges ?! » mais on s’est progressivement débarrassé de préliminaires pour aller droit au but : « J’t’enfonce une grosse bite ashkénaze ». On peut compter sur Seth Gueko pour monter le niveau « Elles m’appellent toutes Anaconda en s’touchant l’avant-bras » suivi de l’homme au gros doigt de pieds « Elles s’rappelleront que j’suis chauve mais avec une queue de cheval ».

VII. De la prison, tu feras

Rappeur est le seul métier qui valorise le passage en prison sur un CV. C’est un sujet que j’ai abordé en profondeur dans un article pour Booska-P : le marketing carcéral. Qui, pour résumer, explique que la prison a deux intérêts pour le rappeur français : artistique et promotionnel. La prison permet au rappeur de se recentrer sur lui-même et sur sa musique le temps d’un séjour carcéral. Cet argument est valable pour un bon rappeur déjà connu qui pourra s’extirper un temps du show business pour revenir encore plus énervé #Rohff. La prison est aussi, et surtout, un argument marketing que l’on va largement amplifier pour faire frémir les plus jeunes auditeurs. Il est indispensable de parler de prison, même si on y est jamais allé, pour tout rappeur hardcore qui se respecte. Un rappeur conscient se devra de dédicacer un frère passé au bagne.

VIII. De l’argent tu ramasseras

Quel est le cauchemar d’un rappeur français ? Voir son freestyle raté dévoilé dans un zapping, Eric Zemmour, être invité sur un meeting avec Sarkozy, passer son permis de conduire ? C’est le SMIC ! Une rafale de punchlines ont tenté de l’abattre, que ce soit SCH « Se lever pour mille deux c’est insultant », Kaaris « Fuck le SMIC, fuck le SMIC, fuck le SMIC, fuck le SMIC » et encore Booba « J’vais tous les mettre au SMIC, wallah, et on en restera là ». Malgré cet engagement social fort, François Hollande, le boss du rap game politique, n’a pas réévalué le SMIC. Les rappeurs sont obligés de parler des sommes qu’ils ont accumulés pour motiver tous les Smicards. À les écouter, ils sont tous millionnaires, de Lacrim « Cette année j’ai dû faire le million », La Fouine « Écrivain j’ai fait des millions avec un stylo, mine de rien », JUL « Alors qu’j’suis à deux doigts d’être millionnaire ». Une avalanche de chiffres, mais n’oublions pas, y’a que le Wati B qui pèse #akhi.

IX. Seul contre tous tu seras

Paranoïaque, le rappeur français subit les attaques et la jalousie de ses pairs. Sans jamais le citer, il n’a de cesse d’insulter un ennemi invisible : la concurrence. Des rappeurs sont plus paranoïaques que d’autres, Rohff en est l’exemple parfait puisqu’il y a consacré un morceau : « Seul contre tous ». Depuis il a trouvé la personne qui essaye de le « boycotter » et c’est limite pire. Pour les journalistes, la mission première est d’essayer de faire dire des noms aux rappeurs français pour connaître les cibles de leurs attaques. Le plus flagrant dans le domaine c’est le général Mac Tyer, chacune de ses interviews ressemble à un death note. Il l’assume dans Bruce Wayne « Quatre, tous vos rappeurs me croyaient R.I.P ». Alors, boycott ou pas boycott ?

X. Différent tu te revendiqueras

Un rappeur va-t-il assumer ces 10 commandements ? Jamais ! Par définition un rappeur se doit d’être différent des autres. Il s’est fait lui-même et s’oppose toujours à la concurrence. On retrouve une multitude de références en ce sens, Dosseh « J’me sens bien trop différent de ces tards-bâ ». Les plus flagrants sont PNL qui répètent le gimmick « Pas comme eux », ils ont fait de leur différenciation un argument marketing important, structure de leur carrière. Pourtant on les retrouve dans 9 commandements sur 10. La force de l’homogénéisation n’est-elle pas d’être banalisée ?

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PS : Ma correctrice habituelle n’étant pas dispo, cet article est passé entre les mains du Genius Vince et de la belle Maureen.

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5 Comments

  • Reply Datevodka 16 février 2016 at 8 h 02 min

    Bravo 👌 j’attendais ton retour et je ne suis pas déçu belle article avec beaucoup d’humour mais aussi une vérité. Que serai le rap français sans sa marque de fabrique j’attends le prochain article avec impatience !

    • Reply Flo 16 février 2016 at 10 h 16 min

      Super, merci de ton retour ! Tu as vu mes articles sur Booska-P ?

  • Reply AmateurDeRap 1 mars 2016 at 22 h 23 min

    Je croyais plus au retour après toutes ces semaines ! Merci pour l’article, je me suis taper une bonne barre (surtout sur la #1. On croirait qu’ils se les envoient entre eux avant de les mettre dans leurs sons). Je vais voir tes articles sur Booska-P qui, eux aussi, ont commencé à faire des articles fouillés et recherchés.

    J’attends le prochain – sur Diam’s visiblement.

    • Reply Flo 2 mars 2016 at 0 h 00 min

      Merci de ton retour ! Oui regarde les articles signés de FlorianL c’est les miens (j’ai fais les 11 rappeurs à suivre, Nekfeu VS JUL, l’importance de la première semaine, les leaks,..)

  • Reply Marie 20 avril 2017 at 11 h 57 min

    Bonjour ! Je découvre ce blog aujourd’hui et, après la lecture de ce premier article, je suis certaine qu’il va beaucoup me plaire. J’aime bien la façon dont tu présentes le sujet avec humour !

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